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Quel beau métier, professeur !

Quel beau métier, professeur !

La face cachée du beau métier d'enseignant, en direct live d'un collège niçois. Plongée sans concession dans le monde merveilleux du collège inique (ta mère).


L'éducation nationale pour les nuls (1)

Publié par Bob Leprof sur 15 Mai 2015, 18:15pm

L'éducation nationale pour les nuls*

(Dictionnaire français / éducation nationale de 60 mots)

L’Homo habilis, il y a plus de deux millions d’années, découvre le langage. En 2015, le pédagogiste pond le Projet de réforme des programmes de l’éducation nationale...

A partir de la rentrée 2016, suite à ce projet (et à un souci d'égalitarisme qui fait que l'échec scolaire n’a aucune raison d’être l’apanage d’une – forte – minorité), les pratiques des élèves et de leurs professeurs vont radicalement changer. Finis les débats stériles et interminables, place à l' « interaction avec autrui dans un échange », beaucoup plus constructive. De même, on ne corrigera plus un texte, mais on « questionnera une production orthographique », ce qui est quand même plus valorisant, surtout pour l'auteur des fautes. La vulgaire piscine, bien peu hygiénique et nid à microbes, va disparaître pour laisser la place à un « milieu aquatique profond standardisé », beaucoup plus sécurisant. Quant au banal et répétitif voyage scolaire, il se transformera en « expérience de mobilité physique, projection vers des ailleurs », source de toutes les audaces pédagogiques.
En tout, ce ne sont pas moins de 60 termes aussi courants que dépassés (tels que chanter, comprendre, expliquer ou étudier...) qui ont été totalement repensés dans ce projet de programme révolutionnaire et novateur, aboutissement ultime du pédagogisme déconnecté. Je les ai recensés ici, rien que pour toi.

Selon Mme Vallaud-Belkacem, la responsable de l'éducation nationale, il est attendu des projets de programmes qu’ils soient « plus simples et plus lisibles (si, si) pour que chacun sache bien ce que les élèves doivent apprendre » (avant-propos du projet). Que voilà une louable attention, pleine de bon sens ! Interrogée par Le Point, Mme Vallaud-Belkacem n'hésite d'ailleurs pas à en remettre une couche, sans rire : « Je suis contre le jargon, les parents doivent comprendre ce qui est attendu de leurs enfants ».

Visiblement, une grande partie de la presse réactionnaire n'a pas été sensible à ce louable effort de simplification et de lisibilité :
« La Novlangue obligatoire » (Le Figaro)
« Grossière caricature de la production bureaucratique » (Le Point)
« Sémantique alambiquée » (Métronews)
« Le gang de la Novlangue » (Le Huffington Post / Le Monde)
«Jargon», «termes abscons», «vacuité du vocabulaire», « Venez tester votre compréhension de la novlangue éducative » (Libération)
« Projet jargonnant, snobinard et ampoulé » (Bob Leprof)

En fait, avant d'être un ministère, l'éducation nationale est une langue. Une langue avec ses règles propres et ses utilisateurs. Ces derniers sont appelés experts, pédagogistes ou trouducs, selon le regard plus ou moins bienveillant que l'on porte sur eux.

Prudente, et connaissant les zigs qui sévissent dans les ministères, surtout le sien, Mme Vallaud-Belkacem reconnaît quand même dans une interview au Point que « les enseignants comme tous les professionnels utilisent un vocabulaire expert ». Cela n'est pas tout à fait exact. Les enseignants (du moins la majorité d'entre eux) parlent français. Ce sont les « professionnels » (terme élégant pour désigner les « pédagogistes de salon ») qui utilisent un vocabulaire « expert ».

En fait, avant d'être un ministère, l'éducation nationale est une langue. Une langue avec ses règles propres et ses utilisateurs. Ces derniers sont appelés experts, pédagogistes ou trouducs, selon le regard plus ou moins bienveillant que l'on porte sur eux. Toujours est-il qu'un dictionnaire est plus qu'indispensable pour s'y retrouver. Et pouvoir ainsi en toute connaissance de cause apprécier la substantifique moelle de ce projet de réforme qui n'a pas fini de faire parler. Et pas que dans les salons ministériels.

* Par nuls, entendons enseignants, parents, élèves, c'est à dire tout citoyen actif ou en devenir ayant la modeste prétention de parler correctement la langue française, mais ne maîtrisant pas totalement l'usage de la langue éducation nationale.

(Dictionnaire à suivre...)

L'éducation nationale pour les nuls (1)
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mtc 18/05/2015 14:31

Je me sens de plus en plus déconnectée de mon époque, je n'y comprend plus rien, mais je garde le moral.

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