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Quel beau métier, professeur !

Quel beau métier, professeur !

La face cachée du beau métier d'enseignant, en direct live d'un collège niçois. Plongée sans concession dans le monde merveilleux du collège inique (ta mère).


Brevet des collèges, la lutte contre l'ennui (2)

Publié par Bob Leprof sur 4 Mai 2015, 16:25pm

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Pourquoi te parler de ces trois ambassadeurs de sous-culture à succès au sein d’un blog consacré à l’Education nationale ? Lesquels sont au mieux auteurs de divertissements plutôt médiocres mais inoffensifs, au pire porteurs de valeurs contestables voire nauséabondes. La raison en est simple. Les chef-d’œuvres en question ont été choisis par des élèves de 3° pour être présentés à leur épreuve d’Histoire des arts du brevet des collèges. Car, maintenant, les élèves choisissent eux-mêmes leur sujet d’examen. Et Andalouse, Love, love, love et L’Or noir se retrouvent donc, en 2015, comme sujets d’étude au brevet des collèges. Sans blague.

L’Histoire des arts (note bien les deux mots importants, Histoire et Arts) est une épreuve récente qui est apparue au programme du brevet en 2010. Jusqu’à présent, chaque élève choisissait cinq œuvres parmi une sélection établie unilatéralement et de manière dictatoriale par les professeurs. Et, c’est bien connu, le prof est quand même champion lorsqu’il s’agit de dénicher des sujets chiants et ennuyeux. Or, le problème du collège selon Mme Vallaud-Belkacem, grande spécialiste de l’échec scolaire, c’est que l’élève s’y ennuie. Œuvres majeures et engagées, dénonciation de la guerre, de la société de consommation, guerre froide… Tu trouves ça ludique et excitant, toi ? Pas du tout, c’est emmerdant et ennuyeux. D’où des résultats plutôt faiblards en Histoire des arts (de même qu’en maths et en français, d’ailleurs).

Nouveau leitmotiv à la mode, donc : l’élève ne doit pas s’ennuyer, l’élève ne doit pas s’ennuyer, l’élève ne doit pas s’ennuyer. Il faut réveiller son appétence, comme le dit poétiquement Mme la Ministre, qui connaît des jolis mots. Appéter n’est pas, comme pourrait le croire le collégien moyen, l’action de produire de la musique avec son orifice anal mais le fait de ressentir un désir instinctif, en l'occurence pour l’école. Cette soif naturelle d’apprendre serait sensée attirer irrésistiblement l’élève vers le travail. Rien que ça.

Toujours est-il que ce leitmotiv ambitieux (qui a dit démagogique ?) sera bien évidemment couplé à une autre doctrine, très en vogue depuis de nombreuses années chez les pédagogistes de salon : « il faut partir du vécu de l’élève ». Peu importe si le vécu culturel est parfois rikiki, voire proche du néant d’une MJC de quartier rapéïsée.

Le rôle de l’Education nationale ne serait-il pas, au contraire, de guider nos petits sauvageons vers le haut, en les aidant à découvrir des horizons inconnus ? Penses-tu, vive l’égalitarisme par le bas, vive l’élève au centre du système éducatif ! Aux chiottes Dix, Picasso, Hanson, Warhol, Vian, Chaplin ou autres Kinder, artistes élitistes, ennuyeux et si peu appétants (appétissants ?) ! Place au vécu et au ludique, place à Girac, Taïro et Kaaris !

Une épreuve blanche ayant eu lieu il y a quelques jours, j’ai eu l’insigne honneur de faire partie du jury d’examinateurs. A ce titre, j’ai donc dû interroger mes élèves, sans rire ni m’énerver, sur le sens profond d’un texte gnangnan faisant l’apologie du cannabis, sur le contexte historique et social du rap hardcore français, sur les techniques de production d’une bouse andalouse à deux balles ou sur l’analyse d’un octosyllabe recherché tel que « l’oseille est la plus bonne des schnecks ». Le tout sous l’autorité bienveillante de la Direction qui avait validé ce choix d’« œuvres ». Pathétique ou affligeant ? Wesh, bro.

(A suivre...)

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